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20.2.12

Hockney versus Hirst : portraits croisés


Membre de l’Ordre du mérite britannique versus bad boy de la scène artistique anglaise... Les deux expositions personnelles consacrées à David Hockney et Damien Hirst à Londres en 2012 sont l'occasion de croiser les portraits de ces deux figures de l'art contemporain britannique.


DH versus DH... Tous deux, diplômés d'écoles prestigieuses, viennent d'une famille modeste et ont été revendiqués par le Times, pour l’un, le plus grand artiste britannique, pour l’autre, l’artiste le plus cher du monde. Là pourtant s'arrêtent les comparaisons ! Alors que tous deux bénéficient d'expositions personnelles à Londres : Damien Hirst, à partir d’avril prochain à la Tate Modern, à la Royal Academy actuellement pour David Hockey, ce dernier a créé la polémique en lançant une pique à son confrère via posters interposés. Sur les affiches de son exposition ouverte depuis le 21 janvier dernier, on peut lire la mention suivante : « Toutes les oeuvres présentées ont été réalisées par l'artiste lui-même, personnellement ».

Hockney : retour aux sources, version multimedia

David Hockney naît à Bradford, en Angleterre, en 1937. Il commence ses études au prestigieux Royal College of Art en 1959 et devient rapidement célèbre dès le début des années 1960 pour ses tableaux de piscines californiennes tel A bigger Splash (1967), ses ciels bleu azur de Los Angeles et les représentations de sa communauté gay comme le double portrait de Christopher Isherwood et Don Bachardy (1968). Considéré comme l’un des leaders du mouvement pop art au Royaume-Uni avant de se singulariser, il se consacre dans les années 1970 à la réalisation de décors de théâtre sophistiqués comme le Rake's Progress, à Glyndebourne. Durant les années 1980, il réalise de nombreux photos-collages. Ses peintures réalisées à la même époque montrent l’influence que Matisse et Picasso ont exercée sur son art. En 2001, il publie Savoirs Secrets, les techniques perdues des Maîtres anciens, un essai qui interpelle peintres et historiens de l'art. Depuis 2005, il vit dans l'Est du Yorkshire, la contrée de son enfance. Il est revenu à une peinture en plein air inspirée des paysages locaux et dont la rétrospective à la Royal Academy présente de monumentaux formats. Le 2 janvier dernier, il est nommé par la reine d’Angleterre, membre de l’Ordre du mérite britannique, ordre très fermé qui ne compte que 24 membres civils, et 24 membres militaires, hors le souverain.

Hirst : trublion de la scène britannique

Damien Hirst naît en 1965 à Bristol mais grandit à Leeds dans le nord de l'Angleterre. En 1986, il commence ses études à Goldsmiths College et organise l'exposition Freeze en 1988. Elle lance la vague des Young British Artists (YBAs) qui domine la scène de l'art britannique dans les années 1990. Entre 1986 et 2011 naissent quelque 1500 « Spot paintings », peintures à pois dont les onze galeries du réseau Gagosian en exposent actuellement 300 de Hongkong à Manhattan. A partir de 1992, il travaille à une série de cadavres d'animaux dont l'emblématique The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, un requin dans une vitrine de formol. Acheté par Charles Saatchi pour 50 000 livres sterling, celui-ci le revend quelques années plus tard pour... 12 millions de dollars. En 2007, Hirst commande au joaillier Bentley & Skinner une réplique en platine du crâne d'un homme décédé au 18ème siècle. Baptisé For the Love of God, il est incrusté de 8.601 diamants. Vendu à un consortium dont fait partie l'artiste pour 50 millions de livres, elle devient l'œuvre la plus chère du monde. En 2008, l'artiste défraye à nouveau la chronique en vendant aux enchères chez Sothebys l'exposition Beautiful Inside My Head Forever, court-circuitant le circuit traditionnel des galeries et amassant 198 millions de livres sterling.
Une énergie au service de carrières diamétralement opposées
Face à l'enfant terrible de l'art contemporain britannique qui n'hésite pas à faire exécuter ses créations par une armée d'artisans et d'assistants, la carrière de David Hockney qui « œuvre seul, à la main et au pinceau » selon la formule du Guardian, semble diamétralement opposée. Pourtant, à ces deux artistes que tout sépare, on ne peut dénier une énergie commune à se renouveler, doublée d'une volonté d'un certain retour aux sources. Dans les années 1960, Hockney découvre les possibilités qu'ouvre la peinture acrylique avant d'explorer la multiplicité des points de vue offerts par la photographie dans les années 1980 et de s'enthousiasmer aujourd'hui pour les œuvres numériques réalisées sur iPad et iPhone. Quant à Damien Hirst, après avoir maintes fois bousculé les règles de l'art contemporain, il a renoué en 2009 avec la tradition de la peinture en exposant No Love Lost, une série de toiles inspirées par Francis Bacon, à la Wallace Collection, à Londres. L'artiste conceptuel s'était attelé à peindre ses propres peintures. Largement vilipendées par la critique, elles ne figureront cependant pas dans la rétrospective de la Tate Modern, qui ouvrira en avril prochain.
Nadège Druzkowski, pour le Petit Journal, Londres









Plus d'informations:
David Hockney, du 21 janvier au 9 avril, à la Royal Academy
Plus d'infos ici 
Damien Hirst, du 4 avril au 9 septembre, à la Tate Modern
Plus d'infos ici 

Crédits photo :
David Hockney, Pearblossom Highway, 11-18 April 1986 #1, Photographic collage, 119.4 x 163.8 cm, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles. Gift of David Hockney, Copyright David Hockney 
David Hockney, The Arrival of Spring in Woldgate, East Yorkshire in 2011 (twenty eleven)- 12 April, iPad drawing printed on paper, 144.1 x 108 cm; one of a 52-part work, Courtesy of the artist, Copyright David Hockney
David Hockney, The Road Across the Wolds, 1997, Oil on canvas, 121 x 152 cm, Private Collection, Copyright David Hockney, Photo credit: Steve Oliver
Damien Hirst, Sympathy in White Major - Absolution II  2006, © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved. DACS 2011.. Photo: Photographed by Prudence Cuming Associates
Damien Hirst, The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living  1991, © Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved. DACS 2011. . Photo: Photographed by Prudence Cuming Associates

13.11.11

Project 2012, the show in pictures

In October 2011, I took part in Project 2012’s first exhibition at Ground Floor Left Gallery in London. Over one hundred and fifty visitors attended the Show which featured works of 10 London-based artists around the end of the world theories predicted for December 2012.

According to the organisers, the idea behind Project 2012 is to use this theme to reflect on the way our society is leading towards: wars, famines, global economic crisis and natural disasters are on the news on a daily basis threatening to bring our societies to a total collapse.

The curating team is now getting ready for part II. You will find below a video about the show and what is coming next.


Project 2012 Exhibition from Sedi Ghadiri on Vimeo.

Here are a few pictures about the show....
Project 2012 photos

... and some press about the exhibition:

Le Petit Journal
Momardi.com
Post Apocalyptic Book Club

Dreaming about Crystal Palaces, Acrylic on canvas, 220x170cm

23.8.11

HIGH ARTIC – Une exposition qui ne laisse pas de glace















Le National Maritime Museum, à Greenwich, présente jusqu'en janvier prochain High Arctic : future visions of a receding world. Retranscription d'une odyssée glacée version high-tech.

Projection dans le futur. Nous sommes en 2100 et le paysage arctique a changé pour toujours. Quel sera notre souvenir de l'Arctique? Est-il possible de voyager dans un lieu qui n'existe plus? Conçu comme un des futurs possibles, High Arctic communique au visiteur un sentiment d'immensité, de beauté et de fragilité d'un monde polaire menacé par le réchauffement climatique. L'exposition occupe les 820 mètres carrés de la nouvelle aile du musée. Elle se veut comme la possible projection d'un monde amené à disparaître et nous amène à questionner notre relation à l'environnement qui nous entoure.

Des projections au graphisme interactif

L'attrait premier de l'exposition est l'utilisation interactive de matériaux visuels modernes : pas de photographie, pas de texte, pas d'écran. L'exposition est une combinaison d'installations et de projections changeant au gré de l'interaction avec le visiteur. A l'entrée, le spectateur est muni d'une lampe torche ultra-violette. Dans la pénombre, il pénètre dans une galerie où d'innombrables colonnes grises, représentant autant de glaciers, dévoilent leurs noms quand les rayons ultraviolets caressent leur sommet. Cinq écrans au sol, projections graphiques symbolisant neige, cubes de glace, motifs aquatiques ou territoires cartographiés, répondent aux interactions avec la lampe. Ils sont accompagnés de morceaux de poésie lus et de sons enregistrés, tels le craquement d'icebergs, qui plongent le visiteur dans un monde envoûtant. Les graphiques, au design abstrait, transmettent toute la fragilité de ce monde froid. La projection d'animations en noir et blanc renforce le sentiment d'irréel, où dominent nuit et neige glacée.

Une exposition née de l'expédition dans l'archipel de Svalbard

L’exposition est née suite à une expédition dans l'archipel de Svalbard, aux confins de la Norvège et du pôle Nord. Organisée en 2010, par la fondation Cape Farewell, elle a pour mission de promouvoir, par le prisme d'artistes, la prise de conscience des conséquences du changement climatique. Matt Clark, co-fondateur du collectif United Visual Artists et à l'initiative de la présente exposition, a rejoint une équipe d'artistes, scientifiques et poètes, à bord d'une goélette qui pendant 22 jours les a emmenés autour de Svalbard.

Nadège Druzkowski













Crédits photos : John Adrian

20.7.11

Joan Miró : The Ladder of Escape à la Tate Modern

















Dans une grande rétrospective, la Tate Modern présente actuellement plus de 150 œuvres de Joan Miró. L'occasion de découvrir l'œuvre du peintre surréaliste sous un angle nouveau, les commissaires d'exposition mettant l'accent sur son engagement politique.

La Tate Modern présente jusqu'au 11 septembre prochain Joan Miró : The Ladder of Escape (L'Echelle de l'évasion). L'exposition regroupe plus de 150 tableaux, œuvres sur papier et sculptures en provenance de collections du monde entier. C'est la plus grande rétrospective Miró en Angleterre depuis la dernière exposition organisée par Roland Penrose à la Tate en 1964.

Une œuvre revisitée sous le prisme de l'engagement politique

L'exposition tire son titre d'une toile de 1940, L'Echelle de l'évasion, un leitmotiv trouvé tout au long de la carrière de Miró dans des oeuvres comme Chien aboyant à la lune, 1926 ou Femme fuyant l'incendie, 1939. Figure incontournable du surréalisme, l'artiste est bien connu pour son imagerie fantastique et l'intensité de ses couleurs. Miró a développé une véritable cosmologie personnelle faite d'étoiles ébréchées, de spirales, d'œil ou de nez flottant en s'appuyant sur un dessin d'une simplicité enfantine mais néanmoins parsemé d'allusions sexuelles. Mais, au delà de sa consécration de peintre du surréalisme, la Tate explore ici le contexte élargi de son travail, soulignant son engagement politique et examinant l'influence de son identité catalane, la Guerre Civile espagnole ainsi que la montée et le déclin du régime de Franco. Plus que sur l'exubérance et l'espièglerie des figures et des personnages imaginés par Miró, les commissaires d'exposition mettent l'accent sur l'anxiété qui traverse l'œuvre de l'artiste. Jalonnée de guerres et de crises internationales majeures, la carrière de Miró s'étale sur six décennies et révèle une rage et une violence surprenantes qui vont de pair avec celui qui déclarait vouloir assassiner la peinture.

De l'identité catalane à la Guerre Civile Espagnole

L'exposition s'ouvre sur les toiles de jeunesse de Miró qui révèlent son engagement et un attachement profond à la Catalogne. On y découvre sa célèbre toile La Ferme, 1921-22, peinte dans la propriété familiale de Mont-Roig et appartenant un temps à la collection d'Ernest Hemingway. L'identité catalane est explorée davantage dans la série Tête de paysan catalan, où les attributs du paysan catalan se dissolvent en d'étranges compositions oniriques. Son engagement lors de la Guerre Civile Espagnole est marqué, en 1937, par des œuvres telles que Aidez l'Espagne, ou encore Le Faucheur, décoration murale de plus de cinq mètres de haut. Peinte dans la cage d'escalier du Pavillon de l'Espagne Républicaine lors de l'Exposition Internationale de Paris, elle a aujourd'hui disparu mais quelques photos en témoignent. Toujours en 1937, dans Nature morte au vieux soulier, une de ses œuvres maîtresses avec La Ferme, selon Miró, le rendu dramatique d'objets de la vie de tous les jours par un traitement hallucinant de la couleur et de l'espace rend compte de la folie et la violence de ces temps troubles.

De la seconde guerre mondiale à la fin de sa vie

Miró semble s'être replié sur son monde intérieur lors de l'élaboration de sa série des Constellations commencée à Varengeville en Normandie en 1940 et finie en Espagne, où il se réfugie après l'invasion allemande de la France. Quatre séries de triptyques aux formats monumentaux créées dans les années 1960 mêlent quiétude et engagement politique. Le triptyque Bleu I, II, III avec ses lignes ondulées et ses gouttes noires, réminiscences d'une vie cellulaire élargie, transmet un sentiment de sérénité et d'intime quiétude. Le triptyque L'Espoir du condamné à mort, 1973, est lui une condamnation du régime de Franco. Alors âgé de plus de 70 ans, Miró réussit à transcrire le mouvement de révolte de la fin des années 1960 avec des oeuvres comme Mai 1968, Toile brûlée I, II, III, IV, V, 1973, où il met le feu à ses tableaux, ou encore Feux d'artifice I, II, III, où la peinture projetée directement sur la toile traduit la violence du geste.

Joan Miró est né à Barcelone en 1893. A partir de 1921, il se rend régulièrement à Paris et devient une figure clef du surréalisme. Il reste en France pendant la Guerre Civile Espagnole mais rentre à Mont-Roig en 1941 suite à l’invasion allemande. Après plusieurs années à Barcelone, il s'installe en 1956 à Majorque, où il décède en 1983.

Nadège Druzkowski

Tate Modern
Du 14 avril au 11 septembre
Plus d'infos ici


23.6.11

Toulouse-Lautrec and Jane Avril : Beyond the Moulin Rouge

Le Courtauld Institute présente jusqu'en septembre prochain Toulouse-Lautrec and Jane Avril : Beyond the Moulin Rouge. A travers peintures, posters et lithographies, l'exposition retrace la collaboration fructueuse entre deux personnalités hors du commun.


Jusqu'au 18 septembre prochain, le Courtauld Institute, abrité au sein de la Somerset House, présente Toulouse-Lautrec and Jane Avril : Beyond the Moulin Rouge, une exposition qui présente la collaboration fructueuse entre l'artiste et la danseuse de cabaret. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) rencontre Jane Avril (1868-1943) au début des années 1890, quand ils sont tous deux dans leurs vingt ans. Surnommée La Mélinite, en référence à une sorte d'explosif, Jane Avril est alors une des stars à l'affiche du Moulin Rouge. Mais elle doit une grande partie de son succès à Toulouse-Lautrec dont les affiches sensationnelles établissent sa renommée. Quant à lui, ses travaux saisissants sur la danseuse lui gagnent les faveurs de la critique. Un ensemble de peintures, posters et lithographies en provenance du monde entier retrace leur aventure.

De la danseuse de French Cancan aux portraits intimistes

Les séries d'affiches telles Jane Avril au Jardin de Paris, 1893 ou Divan Japonais, 1893 nous ramènent en plein coeur du Paris fin de siècle, à l'âge d'or de Montmartre. Clou de l'exposition, Au Moulin Rouge 1892-95, prêté par The Art Institute of Chicago, rend hommage au célèbre cabaret, à ses danseuses comme Jane Avril mais aussi La Goulue et à sa clientèle de la nuit. A l'exubérance de ces peintures et posters de cabaret, le peintre nous livre toutefois un visage beaucoup plus intimiste de Jane Avril. Dans Jane Avril en quittant le Moulin Rouge ou Jane Avril à l'entrée du Moulin Rouge, la danseuse est dépeinte comme une passante, figure anonyme, perdue dans ses pensées au milieu de la foule. Son visage étonnamment grave et mature semble bien loin de la danseuse mondaine des affiches. Photographies et documents d'archives qui retracent la vie de la danseuse permettent d'entrer dans son monde intérieur, si bien retranscrit par Toulouse-Lautrec.

De la Salpetrière au Moulin rouge

Egalement baptisée L'Etrange ou Jane La Folle, Jane Avril était connue pour ses danses frénétiques et saccadées. La légende veut qu'elle découvre sa vocation de danseuse lors du bal annuel de la Salpetrière dit le Bal des Folles. Maltraitée par une mère alcoolique, elle entre, alors encore adolescente, à l'hôpital pour être soignée de la danse de saint Guy ou chorée, une maladie nerveuse qui se manifeste par des mouvements brusques, désordonnés et incontrôlables. Elle développe une passion pour la danse qui la mènera au Moulin Rouge à l'âge de 20 ans. Mince, à la peau diaphane et à la chevelure rouge auburn son étrange allure séduit le monde de la nuit. Elle demeurera une amie proche de Toulouse-Lautrec, jusqu’à son décès en 1901.

Nadège Druzkowski

Tous les jours de 10 à 18h - £6/£4.50
Gratuit les lundis de 10 à 14h (sauf jours fériés)

Crédits photos : 

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
Jane Avril at the Jardin de Paris, 1893
Colour lithograph, 125 x 90 cm
Museum of Modern Art (MoMA), New York

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
Jane Avril in the entrance to the Moulin Rouge, c.1892
Oil and pastel on cardboard, 102 x 55.1 cm
The Courtauld Gallery, London




11.5.11

La Renaissance de Jan Gossaert

Portrait of a Man
© Board of Trustees,
National Gallery of Art, Washington, DC.
 
La National Gallery présente jusqu'au 30 mai une rétrospective des œuvres de Jan Gossaert. Entre dessins et peintures, c'est l'occasion de (re)découvrir ce maître flamand, souvent méconnu, virtuose de l'art des portraits.

La Renaissance de Jan Gossaert. Le titre choisi par les commissaires d'exposition est plutôt bien pensé : référence à l'époque du peintre bien sûr mais aussi mise en lumière sur l'œuvre de cet artiste qui n'avait pas bénéficié de rétrospective depuis quarante cinq ans. Jan Gossaert (1478-1532) dit Mabuse est un peintre maniériste flamand, contemporain de Michel-Ange et Albrecht Dürer. Il commence sa carrière à Anvers et entre en 1508 au service de Philippe de Bourgogne, futur évêque d'Utrecht. Il accompagne ce dernier en Italie lors d'une mission pour rencontrer le pape à Rome (1508-1509) et visite ainsi diverses villes d'Italie. Il y réalise de nombreux croquis sur des antiques. Il retourne en Flandres avec son mécène vers le début des années 1510. Ses tableaux sans avoir la subtilité de van der Weyden garderont dans leur composition un fond architectural, caractéristique de ses années en Italie.

Peintre orfèvre du détail

L'exposition présente une trentaine de peintures et une vingtaine de dessins, souvent mis en perspective avec d'autres artistes de son temps. C'est ainsi l'occasion de découvrir de saisissantes gravures de Dürer comme Samson ou Adam et Eve, qui vraisemblablement inspira à Jan Gossaert sa peinture, aux charmes plus érotiques, d'Adam et Eve. Orfèvre du détail, Jan Gossaert prouve son talent dans des toiles comme L'Adoration des Mages. A l'époque, la commande de grands sujets religieux offre aux artistes l'opportunité de montrer leur savoir faire en matière de rendu des drapés, de travail des métaux etc. Jan Gossaert fait ici preuve d'un sens de l'espace impressionnant, conjugué à une parfaite maîtrise des couleurs et de la texture des tissus. Mais plus que dans les peintures religieuses ou profanes, c'est dans l'art du portrait que Jan Gossaert excelle. Parures somptueuses, douceur des visages, souvent représentés sur fonds architecturaux, le talent de l'artiste trouve libre cours....

Nadège Druzkowski

Plus d'infos ici

The Adoration of the Kings, 1510-15,
© National Gallery

1.4.11

Watercolour ouvre ses portes à Tate Britain

La Tate Britain présente jusqu'en août prochain Watercolour, une exposition qui retrace l'histoire de l'aquarelle en Grande Bretagne du Moyen-Âge à nos jours. Plus de deux cent œuvres incluant les travaux de William Blake, JMW Turner, ainsi que des artistes plus contemporains comme Anish Kapoor, Patrick Heron ou Peter Doig sont à découvrir.

L'aquarelle, une peinture un peu vieillotte pratiquée par nos grands-mères ? Dans une nouvelle exposition intitulée Watercolour, la Tate Britain tente de redorer son blason. Plus de deux cents œuvres, s'étalant sur près de huit cent ans, retracent l’histoire et l’évolution des techniques de l’aquarelle en Grande Bretagne.

Connue surtout à travers les paysages de son « âge d'or » de 1750 à 1850, l'épopée de l'aquarelle anglaise s'enracine bien avant. L'exposition s'ouvre sur une sélection d'enluminures médiévales, de miniatures et de dessins topographiques. Le médium, facilement transportable, a très tôt permis aux artistes de rendre compte, avant la photographie, des événements dont ils étaient témoins. De leurs voyages ils ont rapporté des images de la flore, de la faune, de paysages jamais vus. C'est le cas par exemple de Sydney Parkinson, John Weber ou William Hodges, des artistes qui ont accompagné le capitaine Cook au cours de ses voyages d’exploration.

De l'âge d'or de l'aquarelle à nos jours

Les maîtres de la grande époque de l’aquarelle britannique sont bien représentés, avec William Blake, Joseph Mallord, William Turner, Thomas Girtin ou encore Alexander Cozens. Au 19ème siècle, les Préraphaélites eurent également recours au medium. A découvrir, une œuvre de Victor Hugo, souvenir d'un séjour en Normandie, lors de son exil à Guernesey. Facile à utiliser et séchant rapidement, l'aquarelle fut utilisée par les artistes de guerre comme Paul Nash au cours des deux secondes guerres mondiales.

Une salle intéressante propose de découvrir le medium lui-même et son utilisation au cours des siècles. Comme son nom l'indique, l'aquarelle est le résultat du mélange de l'eau et de pigments de couleur, préparé avec un liant, généralement la gomme arabique, issue de la sève d'acacia. Des coquilles de moules, utilisées comme réceptacles, aux palettes les plus modernes en passant par la boite de couleurs de Turner sont exposées. L'exposition se termine sur la présentation de pratiques plus contemporaines de l'aquarelle avec les œuvres de Peter Doig, Anish Kapoor, Andy Goldsworthy ou encore la sulfureuse Tracey Emin.

Nadège Druzkowski

Watercolour, à Tate Britain
Millbank
Londres SW1P 4RG
Exposition du 16 février au 26 août 2011


6.3.11

Monet et Londres

Voici un article écrit pour Le Petit Journal et publié l'année dernière. Il peut intéresser les amateurs impressionnistes ou londoniens! Je le fais partager sur mon blog.

Monet et Londres : une relation féconde

“J’adore Londres, c'est une masse, un ensemble et c'est si simple. Puis, dans Londres par-dessus tout j'aime la brume”. Fasciné par la Tamise, Claude Monet entretint avec la capitale britannique une relation particulière, qui par de multiples aspects influença sa carrière.

En 1870, fuyant la guerre franco-prussienne, Monet (1840-1926) se réfugie à Londres où il retrouve Pissarro. Lors de ce premier séjour, il découvre à la National Gallery les œuvres de Turner, léguées à sa mort. Le traitement de la lumière et les effets de brouillard de son aîné anglais auront une résonance profonde chez le chef de file des impressionnistes. C’est à Londres également que Monet rencontre le marchand d’art et collectionneur Paul Durand-Ruel, qui demeurera son agent. Durant les années 1880, Monet se noue d’amitié avec le peintre Whistler qui réside alors à Londres. Il lui rend visite en 1887 et une estime réciproque les conduira à collaborer lors d’expositions à Paris et à Londres.

« Effets de brouillard » sur la Tamise

Toutefois, ce n'est qu’au tournant du siècle que la relation de Monet avec Londres prend véritablement corps. En 1899, alors qu’il rend visite à son fils, Monet est à nouveau fasciné par les vues de la Tamise depuis la fenêtre de sa chambre à l’hôtel Savoy. Il entame immédiatement une série de toiles dédiées au Parlement de Westminster, au Pont de Charing Cross et au Pont de Waterloo qu’il continue lors de visites successives en 1900 et 1901. A plus de soixante ans, Monet s’instaure une discipline de fer : le matin, de sa chambre au Savoy, il peint les ponts de Waterloo et de Charing Cross ; ses après-midi sont consacrés au Parlement de Westminster observé depuis l’hôpital Saint Thomas sur l’autre rive du fleuve.

En pleine industrialisation, Londres est alors enveloppée dans un brouillard, le smog, dont Monet s’évertue à traduire les variations au gré des changements de lumière. Pour capturer le scintillement sur l’eau, Monet travaille sur pas moins de cent toiles à la fois. Fatigué et souffrant, il rentre en France en 1901. Il continuera à travailler sur sa célèbre série londonienne à Giverny jusqu’en 1904. Cet ensemble est aujourd’hui dispersé un peu partout dans le monde. Néanmoins, une vue de la Tamise de 1871 à la National Gallery et l’opportunité d’apprécier en vrai les motifs d’inspiration du peintre permettent de redécouvrir la ville sous un nouvel angle.

Nadège Druzkowski

Monet à la National Gallery : plus d'infos ici

1.3.11

Trois regards sur le nord de l'Angleterre.

Trois artistes posent leur regard sur le nord de l’Angleterre. Il ne vous reste plus que cette semaine pour venir les découvrir au centre culturel Kings Place. Dessins, peintures et photographies invitent à une rétrospective sur un monde industriel à demi oublié mais poignant.

A deux pas de Kings Cross, le centre culturel de Kings Place présente jusqu'au 4 mars prochain trois expositions, une anthologie du nord est de l'Angleterre. Trois démarches artistiques différentes se mêlent sur deux étages et s'articulent autour d'un point commun : l'ère industrielle.

The Narrow World of Norman Cornish (Le Monde Etroit de Norman Cornish) présente les œuvres de cet ancien mineur devenu peintre. Cornish commence à travailler à quatorze ans à la mine de Dean et Chapter, à Spennymoor dans le comté de Durham. Il y consacre 33 années de sa vie avant de faire le choix à 47 ans de vivre de sa seule peinture, une passion qu'il pratique depuis les années 1930. Aujourd'hui, à 91 ans il poursuit son œuvre, très largement inspirée du monde ouvrier et de ses passe temps sociaux. Des illustrations colorées qui font revivre l'esprit d'une communauté.

No Redemption (Pas de Rédemption) correspond à l'ensemble des photographies présentées par Keith Pattison. En août 1984, Keith Pattison se rend à Easington Colliery, également dans le comté de Durham pour suivre la grève qui oppose les mineurs au gouvernement de Margaret Thatcher. Il restera sur place jusqu’à la fin, en mars 1985. Il retourne sur les lieux avec l'écrivain David Peace, en mai 2010, pour interviewer trois personnes, parties prenantes de la grève. Les photos, accompagnées des témoignages, ont été publiées récemment dans un ouvrage intitulé No Redemption. Elles sont également exposées à Kings Place.

Transitions de Angela Hughes explore les vestiges de deux sites industriels menacés de disparition : la verrerie de Lemington, près de Newcastle et le chantier naval Swan Hunter, sur la Tyne. Dans un ensemble de dessins à l'encre et au fusain rehaussés de lignes diaphanes ainsi que de toiles aux fines couches de peinture à l'huile, elle témoigne de ces lieux déjà à demi oubliés et tombant en poussière.

Nadège Druzkowski

Kings Place
90 York Way
London N1 9AG

Entrée libre
Du lundi au vendredi 10h-18h
Plus d'infos : www.kingsplace.co.uk


Crédits photos : Smoker Leaning on a Bar, Norman Cornish, No Redemption , Keith Pattison, Glassworks, Angela Hughes)

24.1.11

Philippe Parreno investit la Serpentine Gallery

La Serpentine Gallery présente jusqu'au 13 février la première exposition personnelle de Philippe Parreno dans une institution publique en Grande-Bretagne. C'est l'occasion d'y découvrir Invisible Boy, le dernier film du cinéaste français, et artiste plasticien.

Déjà auteur de plusieurs courts métrages et d’un long métrage, Zidane, un portrait du 21e siècle, co-réalisé en 2006 avec Douglas Gordon, Philippe Parreno signe à la Serpentine Gallery une exposition surprenante. Connu pour son approche originale de la représentation et de la temporalité, Parreno manipule une fois encore avec habileté l'expérience sensorielle du visiteur. Guidé par une mise en scène d'images et de sons savamment orchestrée, le spectateur est invité à découvrir pièce après pièce les films présentés par l'artiste. Grâce à ses interventions sonores ou au changement du temps imaginé par l'artiste à l'extérieur de la galerie, quand une fois la projection terminée les stores se relèvent, c'est l'exposition tout entière qui prend vie.

Au total, trois films sont projetés qui lient, par leur thème ou leur titre, le passé, le présent et le futur. Invisible Boy (2010), est l'histoire d'un petit garçon, immigré Chinois illégal, qui voit des monstres imaginaires, gravés directement sur la pellicule du film. June 8, 1968 (2009) revisite le voyage en train qui amena, de New York à Washington D.C, le corps du sénateur assassiné Robert Kennedy. Basé en Thaïlande, The Boy from Mars (2003) suit la réverbération de points de lumière et la réflexion du soleil avant de s'attarder sur un buffle, harnaché à un système de poulies et qui génère l'électricité nécessaire à la production du film.

Partenariat avec l'Institut Français pour deux jours de conférences

Pour accompagner cette exposition, l'Institut Français propose deux journées de conférences. La première séance, organisée le 21 janvier dernier au Ciné Lumière, a rassemblé un panel d'artistes, curators et réalisateurs autour de la thématique 'Construction of Character'. Au gré de conversations, présentations et projections, les invités ont exposé leurs derniers travaux, recherches, et réflexions autour de la création de personnages dans les arts visuels. La journée s'est terminée avec la projection du film de Robert Altman, The Long Goodbye, choisi par Philippe Parreno. Cette série de conférences se poursuivra jeudi 10 février à l'Institut Français en présence de Philippe Parreno. Elle explorera la construction de la réalité et du temps dans l'exposition actuellement en cours à la Serpentine Gallery.

Nadège Druzkowski

Serpentine Gallery
Kensington Gardens
London W2 3XA

Entrée libre


French Institute/ Institut Français
17 Queensbury Place
London SW7 2DT

Image copyrights: Philippe Parreno, Invisibleboy 2010 Film still, Courtesy of Air de Paris, Courtesy of Centre National des Arts Plastiques © 2010 Philippe Parreno)

3.1.11

London Art Fair

I will be exhibiting a couple of pieces at the London Art Fair from 19-23 January 2011. Please come and have a look if you have time.

You will find me in the Art Projects section, look for the Florence Trust Studios.

Business Design Centre
Islington London N1
It is a two-minute walk from Angel Station. You will find more info here: www.londonartfair.co.uk

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18.12.10

No Love Lost, Damien Hirst à la Wallace Collection


La Wallace Collection accueille jusqu’au 24 janvier 2010 la nouvelle exposition de Damien Hirst No Love Lost, Blue paintings. Un contraste étonnant pour ce musée intimiste qui ouvre ses portes à l’enfant terrible de la scène artistique britannique
Abritée à Hertford House, à deux pas d’Oxford Street, la Wallace Collection rassemble un ensemble remarquable de peintures françaises du 18ème siècle mais aussi d’illustres artistes européens comme Rembrandt, Velasquez, Murillo, Canaletto, etc. Cette élégante bâtisse, érigée entre 1776 et 1788, ancien pied à terre londonien du quatrième duc de Manchester, reçoit actuellement 25 toiles de Damien Hirst dont deux triptyques.
Cette nouvelle exposition marque le retour, pour le chef de file des Young British Artists et lauréat du prix Turner en 1995, à une recherche artistique solitaire. No Love Lost traduit une rupture radicale pour Hirst, principalement connu pour ses animaux conservés dans le formol et ses spots paintings.
Memento mori modernes
Créées entre 2006 et 2008, les Blue Paintings, aux titres évocateurs comme Floating Skull, The Meek Shall Inherit the Earth ou encore Men Shall Know Nothing sont "profondément connectées au passé" selon l’artiste. Presque monochromatiques, un bleu profond domine les œuvres rehaussées de lignes ou de pointillés abstraits d’où émergent des cranes d’une blancheur luminescente. D’autres thèmes chers à l’artiste apparaissent également dans nombres de toiles tels que cendriers, briquets, verres ou encore papillons.
Memento mori, les toiles instaurent un dialogue visuel avec les peintures, porcelaines, sculptures et armures de la collection permanente du musée. Hirst explique : "J’ai choisi de montrer mes nouvelles peintures ici car j’aime le fait qu’il s’agisse d’une collection familiale. C’est comme un monde hors du monde. Mes nouvelles œuvres sont d’une certaine façon à leur place ici avec des œuvres et objets d’autres temps". Le contraste entre les peintures résolument modernes de l’artiste et le décor intimiste des pièces, aux murs tapissés de soie et sertis de corniches dorées, est saisissant. Il ne manquera pas d’interpeller les aficionados du peintre tout comme les habitués de la Wallace Collection.

Nadège Druzkowksi 
The Wallace Collection
Hertford House
Manchester Square
London W1U 3BN
Jusqu’au 24 janvier 2010
Tous les jours de 10h00 à 17h00 – Entrée gratuite
Plus d’info sur l’expo ici